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mardi 18 novembre 2014





L'entre deux mondes de l'Abbaye de Fontevraud
 entre spiritualité et incarcération



Combien de fois ai-je entendu   le nom de Fontevraud ou plus précisément  de l' Abbaye de Fontevraud ? Je ne saurais dire et pourtant il y a comme une résonance avec enfance! Oui, j'ai tout simplement l'impression que ce nom  est toujours présent à  mon esprit depuis la nuit des temps mais je n'y suis pas allée pour autant!

Peut être avais- je le sentiment   que le lieu était  relativement éloigné  mais aussi habitée par des à priori... Chemin faisant  et il y a un an encore,  j'entendais parler de  concerts, de prison , d'une abbaye dirigée essentiellement par des femmes,  ma curiosité  était alors  attisée  sur l'histoire de ce lieu  finalement pas si éloigné....

Située  entre Chinon et Saumur  et plus vastement aux confins  de la Touraine, de l'Anjou et du Poitou,  cette abbaye s'étend sur près de 13 hectares,  c'est l'une des plus grandes cités monastiques d'Europe (avec 4 monastères).









Cette impressionnante abbaye  où se marient plusieurs styles a connu  bien des soubresaults en 900 ans d'existence. Elle  a été fondée par Robert d'Arbrissel au 12ème siècle  composée de moines et de moniales  jusqu'à la révolution française  puis deviendra , sous l'empire de Napoléon, une prison jusqu'en 1963.

Comment est née l'Abbaye?
Après un long séjour à Paris où il suit ses études, Robert d'Arbrissel est appelé vers 1088  par l’Évêque de Rennes  afin de le seconder dans la reprise du diocèse , ce dont il s'acquitte  mais ce qui lui vaut aussi  quelques inimitiés, le conduisant ainsi à quitter Rennes  au décès de l’Evêque pour faire sa retraite à Angers. Un peu plus tard, il se retire en Mayenne et l'affluence de disciples l'obligent à organiser cette communauté et à édifier l'abbaye de Notre Dame de  le Roë. En 1096, le pape Urbain II  l'investit d'un mandat de prédication. Sa grande spécificité était  de réunir des hommes et des femmes , des riches et des pauvres (mixité sociale) , une communauté nombreuse. Robert d'Arbrissel est sommé de stabiliser ses disciples , de fixer sa communauté monastique, ce qu'il fera  quelques mois plus tard dans le vallon de Fontevraud à la frontière des   trois provinces ( La Touraine, l'Anjou et le Poitou) où l'ordre va  venir régir la vie commune.

L'originalité de cette Abbaye  réside dans le fait  que l'ordre de Fontevraud est un ordre composé de  moines et de moniales et à sa tête une abbesse qui dispose du pouvoir absolu ; Cette abbaye  sera constamment dirigée par des abbesses issues  généralement de familles royales.

Cinq abbesses  de la famille de Bourbon  ont dirigé Fontevraud au 16ème siècle (Louise de Bourbon sera à l'origine de la reconstruction des trois galeries du cloître)

A partir du 16ème siècle, c'est le roi qui nomme les abbesses de Fontevraud dont la soeur  de Madame de Montespan : Madame de Rochechouart  appelée aussi la "reine ou perle des abbesses" par Louis XIV qui lui confia l'éducation d' une de ses filles. Louis XV envoie  dans ce pensionnat royal, 4 de ses filles.

Mais celle qui a laissé son empreinte c'est indéniablement  Aliénor d'Aquitaine qui a passé quelques mois de sa vie à Fontevraud et qui aurait commandité les 4 gisants ( principal centre d'intérêt) placés dans la dernière travée de la nef.
Les 4 gisants : Alienor d'Aquitaine, Henri II, Richard Coeur de Lion et  Isabelle d'Angoulême (épouse d'un des fils, Jean  Sans Terre).



Revenons un instant à l'histoire d' Alienor d'aquitaine :
Fille unique de Guillaume X, elle a tout juste quinze ans  lorsque son père décède pendant un pèlerinage sur le chemin de compostelle . Elle se retrouve alors à la tête du Duché d'Aquitaine.; Elle épouse Louis VII, le fils du roi de France Louis VI en 1137 à Bordeaux. Elle entrainera son mari dans les conflits et finira par divorcer suite à des réelles divergences. En 1152, elle épouse Henri II de Plantagenêt devenu comte d'Anjou à 18 ans puis roi d'Angleterre  en 1154. Sa tante est abbesse  de 1149 à 1155 et Henri II comble de dons. Huit enfants naitront de cette union dont Richard Coeur de Lion. En 1194,  après une intense vie politique, une soif de pouvoir et cette envie en permanence dominer le monde, après bien des mésententes conjugales , des infidélités de son mari  et du décès de ce dernier, Alienor d'Aquitaine se retire à l'abbaye (elle participait aux offices mais n'est jamais devenue religieuse)  . Elle décède à l'âge de 82 ans dans la tristesse, la lassitude et l'indifférence  et sera inhumée à Fontevraud.


L'Abbaye devient un centre pénal après la révolution


A la révolution, les abbesses, les moniales, les frères sont chassés , les ordres religieux sont considérés comme inutiles. On nationalise les biens du clergé  pour renflouer les caisses de l'état
En 1804, Napoléon décide de transformer cette abbaye en maison centrale de détention jusqu'en 1963. La population carcérale, c'est 1709 personnes en 1838, 1754 vers 1843 culminant à 1826 en 1853 . dans la seconde partie du siècle, le nombre diminue un peu  , jusqu'à 894 détenus en 1887. Vers 1950, il y avait encore 600 détenus pour 180 surveillants.

Réfectoire où les moniales prenaient le repas en silence. C'était aussi l'Atelier de travail des détenus.Aujourd'hui, on y organise des concerts.








E 1963, la centrale est fermée , il reste néanmoins une soixantaine de détenus en fin de peine qui participent aux travaux de restauration et d'aménagement jusqu'en 1985.


Dortoir des moniales






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